Propos recueillis par Niram Ferretti
Titre d'Il Riformista : «Operazione di polizia contro un régime criminele».
Il Riformista : La décision de Trump de se joindre à Israël pour attaquer la République islamique d'Iran vous surprend-elle ?
Daniel Pipes : Oui. Trump surprend tout le monde, et pas seulement moi, constamment. Il méprise les cadres intellectuels, se targue de prendre des décisions à l'instinct et présente sans cesse ses actes comme des succès retentissants. Aucun président n'a jamais agi de la sorte et il est probable qu'aucun autre ne le fasse à l'avenir. En le choisissant, les conservateurs se sont embarqués dans une aventure folle. J'imagine parfois que nous, les Américains, vivons au Moyen Âge, sous un roi qui décide arbitrairement de notre sort.
![]() Trump a annoncé la guerre israélo-américaine contre l'Iran dans une sombre vidéo préenregistrée. |
IR : Quels sont les principaux facteurs déterminants pour l'issue de la guerre ?
DP : Trois facteurs, tous liés aux réactions de l'opinion publique – iranienne, américaine et arabe – sont essentiels pour savoir si la guerre se terminera par une victoire ou une défaite pour les alliés occidentaux.
La population iranienne se soulèvera-t-elle pour renverser ses oppresseurs ? C'est la question la plus cruciale de tout le conflit. D'après ce que nous savons, elle n'a pas été réglée préalablement à la première attaque du 28 février. C'est plutôt une question d'« espoir et de prière » pour la coalition israélo-américaine.
![]() Les attaques iraniennes contre les États de la péninsule Arabique – comme celle sur l'hôtel Fairmont the Palm à Dubaï (photo) – ont choqué les populations locales. |
Les États du Conseil de Coopération du Golfe (CCG), dont le mode de vie et le modèle économique sont gravement perturbés par les missiles et drones iraniens, se rapprocheront-ils des États-Unis et d'Israël ou aideront-ils l'Iran en faisant pression pour mettre fin au conflit ? Jusqu'à présent, il semble que les gouvernements de ces pays penchent en faveur de l'alliance alors même que beaucoup de leurs sujets cherchent à apaiser l'Iran.
IR : Vous avez qualifié la campagne israélo-américaine d'« opération policière spéciale ». Qu'entendez-vous par là ?
DP : Contrairement à l'attaque russe contre l'Ukraine, qui est une véritable guerre dans le sens où nous ne connaissons pas l'issue de la bataille, l'attaque israélo-américaine contre l'Iran connaîtra une issue prévisible, à l'instar d'une action de la police encerclant un repaire de criminels. Comme dans le cas d'une opération policière, la question n'est pas de savoir qui l'emportera mais de savoir comment s'y prendre pour y arriver : a-t-on enfreint les lois, quelle est l'ampleur des dommages collatéraux, quelles sont les conséquences politiques, etc. Il en va de même pour la guerre actuelle menée par Israël contre le Hezbollah ainsi que pour ses guerres précédentes contre le Hamas.
![]() Dans une opération policière, tout le monde connaît le dénouement. L'accent est mis sur les détails. Il en va de même pour l'attaque israélo-américaine contre l'Iran. |
IR : Selon vous, quel est le résultat le plus probable de la campagne militaire ?
DP : La question-clé concerne la survie ou non du régime iranien. Il est très difficile de faire des prédictions tant que les nombreux ennemis du régime resteront chez eux. Vont-ils se soulever plus tard ? Les voyous du gouvernement parviendront-ils à les réprimer ? Je suis enclin à penser que le régime survivra.
IR : Un soulèvement intérieur est-il nécessaire pour renverser le régime des ayatollahs ?
DP : Oui, à moins que les forces kurdes se révèlent plus fortes que prévu ou que des forces étrangères occupent le pays, deux cas de figure qui me semblent improbables.
![]() L'accord de « paix pour notre temps » que Neville Chamberlain a conclu avec Hitler à Munich en 1938 a inauguré une tradition d'apaisement des dictateurs. |
DP : Oui. Les accords diplomatiques conclus avec des régimes totalitaires – Munich, la détente, Oslo, la politique du soleil, l'accord sur le nucléaire iranien – finissent presque toujours par les servir et par nuire aux démocraties.
IR : Pourquoi donc le gouvernement américain s'est-il engagé dans la voie diplomatique avec Téhéran ?
DP : Parce que la force brutale ne s'impose pas naturellement dans les démocraties. Nous préférons discuter des problèmes en vue de les résoudre. Mon père, qui travaillait comme conseiller sur l'Union soviétique pour Ronald Reagan, se plaignait de voir le Département d'État parfaitement apte à rédiger des traités de pêche avec Ottawa, mais incapable de savoir comment affronter Moscou.
IR : Dans quelle mesure l'effondrement du régime iranien pourrait-il transformer le Moyen-Orient ?
DP : Comme je l'ai écrit récemment dans un article, « la fin de la République islamique d'Iran promet à près de 100 millions d'Iraniens la possibilité de vivre dans la liberté et la prospérité. Elle offre à 500 millions de personnes vivant au Moyen-Orient une réduction des risques de sabotage et de violence. Et elle libère substantiellement 2 milliards de musulmans du poison de l'idéologie totalitaire la plus vivace actuellement à savoir, l'islamisme. »
IR : Si le régime venait à s'effondrer, l'Iran resterait-il un pays unifié ?
DP : C'est un sujet curieux car les persanophones natifs ne représentent que la moitié de la population iranienne. Autrement dit, comme la Russie, la Chine et l'Éthiopie, l'Iran est un empire terrestre qui comprend de nombreux peuples assujettis tels que les Azerbaïdjanais, les Gilakis et les Mazandaranis, les Kurdes, les Arabes, les Lur, les Baloutches et les Turkmènes. Bon nombre de ces peuples souhaitent l'autonomie ou l'indépendance. Je ne suis pas d'accord avec l'idée consensuelle selon laquelle il faudrait maintenir à tout prix l'intégrité territoriale de l'Iran. Pourquoi condamner les empires britanniques, français et autres empires maritimes comme impérialistes tout en acceptant la permanence d'empires terrestres ? Ils doivent eux aussi être démantelés.
IR : Quelles répercussions l'effondrement de la République islamique d'Iran aura-t-il sur le Hamas ?
DP : Le Hamas se verra privé d'armes, d'argent, de soutien diplomatique et d'appui idéologique. Cependant, étant donné le degré d'affaiblissement du pouvoir de Téhéran, le Hamas sera privé de son soutien, même si le régime parvient tant bien que mal à se maintenir.





