Propos recueillis par Tommaso Alessandro De Filippo
Titre de La Ragione : «Europei, restate sobri e seri. Non fatevi provocare da Trump».
Un conseil à donner aux dirigeants européens ? Daniel Pipes, fondateur du think tank Middle East Forum, déclare à La Ragione : « Restez sobre et sérieux, rappelez aux Européens et aux Américains les principes qui ont façonné et soutenu l'Alliance Atlantique pendant quatre-vingts ans. »
Figure emblématique du néoconservatisme, il a collaboré avec le département d'État américain et a été nommé par le président George W. Bush en tant que membre de l'Institut américain de la paix. « Choisissez vos batailles avec sagesse. Ne vous laissez pas provoquer par Trump et n'engagez pas de discussions stériles avec lui. Attendez que ce moment désagréable et aberrant prenne fin et tombe dans le discrédit », ajoute-t-il en parlant de la présidence actuelle.
Pipes espère apaiser les craintes concernant les actions de Trump qui portent atteinte au système américain et aux relations avec des alliés historiques. À ce sujet, il déclare : « Donald Trump s'exprime avec une négligence peut-être unique parmi les dirigeants élus, disant tout ce qui lui passe par la tête. Il manque souvent à ses promesses, ce qui a donné lieu à la création du fameux mème TACO (« Trump always chickens out » [Trump se dégonfle toujours]). »
Pipes estime également qu'une ingérence du gouvernement dans le déroulement des élections de mi-mandat n'est pas envisageable : « Je crois qu'il encouragera la surveillance de toutes les élections par le gouvernement fédéral mais que les tribunaux et d'autres institutions lui barreront la route, le forçant ainsi à abandonner ce projet. » Le président a même menacé d'annuler les élections mais il rencontrera probablement une opposition suffisante pour rendre ce plan irréalisable : « Sur les questions constitutionnelles, Trump aboie bien plus qu'il ne peut mordre », conclut Pipes.
Quant à l'agression américaine envers ses alliés, dictée par un esprit de revanche impérialiste – exemple, l'annexion du Groenland – le fondateur du Middle East Forum reste prudent : « Je ne peux pas imaginer qu'un tel scénario se produise. Seuls les plus fidèles partisans de Trump, et leur nombre diminue chaque jour, soutiendraient une telle mesure. Une opposition interne quasi générale pourrait à elle seule le pousser à faire marche arrière. »
En ce qui concerne le Moyen-Orient (sur lequel Pipes est un expert de premier plan), en particulier l'avenir des relations entre les États-Unis et Israël : « Vue de l'extérieur, la relation entre États-Unis et Israël tend à paraître stable : quoi qu'il arrive, ils demeurent les plus proches alliés. Bien entendu, vue de l'intérieur, elle est pleine de tensions, de résolutions et de changements continuels. De grands ouvrages universitaires traitent de ce sujet. Les différends entre leurs dirigeants et même les vagues d'isolationnisme sont monnaie courante. »
Cependant, c'est le mécontentement des libéraux qui pourrait marquer la fin à long terme du consensus pro-israélien. Si cela devait arriver, « la politique envers Israël fluctuerait en fonction de ceux, Républicains ou Démocrates, qui sont aux commandes. Dans ce cas, les liens entre États-Unis et Israël s'affaibliraient considérablement. »
Cette prise de conscience pousse Jérusalem à poursuivre un changement profond de sa doctrine de sécurité, comme l'a annoncé le Premier ministre Benjamin Netanyahou qui prévoit que l'État juif atteindra son autonomie stratégique vis-à-vis de Washington dans quelques années, par la mise en œuvre d'un programme d'autarcie militaire. Pipes observe que ce défi exige l'acquisition de produits essentiels de défense auprès de nouveaux fournisseurs : « D'une part, Israël devra fabriquer lui-même davantage de matériel. D'autre part, il devra augmenter ses achats auprès d'autres fournisseurs d'armements, notamment l'Inde et la Corée du Sud. »
![]() Remarque : l'image figurant dans cet article de journal n'est pas une photo de Daniel Pipes mais une représentation (inexacte) de celui-ci par une IA. |


