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Articles connexes Interview: «Je suis dépité de voir que les Israéliens ne comprennent pas ce qui se passe»par Ruthie Blum http://fr.danielpipes.org/3678/interview-je-suis-depite-de-voir-que-les-israeliens-ne Version originale anglaise: Interview: ‘I watch with frustration as the Israelis don't get the point' Le mois dernier, alors qu'il recevait le prix du «Gardien de Sion» du Centre Ingeborg Rennert de l'université Bar-Ilan, l'auteur et expert du Moyen-Orient Daniel Pipes ne mâcha pas ses mots. Lors de son exposé prononcé à l'hôtel du Roi David devant une assemblée distinguée d'universitaires, de politiciens, d'hommes d'affaires et de représentants des médias, Pipes adopta une attitude qui, si elle traduisait certes une continuité avec son parcours récent, était à tout le moins fort peu conventionnelle. Elle s'éloignait en tout cas nettement du discours de pure forme constituant la substance des déclarations de foi envers l'État juif et sa capitale avancées par ses prédécesseurs. Plutôt que de mettre l'accent sur son affection sincère pour la terre et le peuple d'Israël, il donna un cours sur «les revendications des Musulmans sur Jérusalem». Avec l'aisance d'expression et la fidélité aux données historiques qui sont les caractéristiques usuelles de ses écrits – parmi lesquels figurent un billet hebdomadaire dans les présentes colonnes –, Pipes exposa des preuves empiriques démontrant que chacune des revendications arabes sur «Al-Quod» n'est et n'a jamais été que purement utilitaire. Point à la ligne. En d'autres termes, Pipes se révéla un Gardien de Sion et de Jérusalem non par le biais de déclarations d'affection, mais en réfutant les arguments fallacieux de ceux qu'il identifie, en des termes sans équivoque, comme les ennemis mortels d'Israël. La cérémonie annuelle se distingua également de celles des années précédentes par un autre aspect – la tenue d'une séance de questions posées par l'auditoire à l'issue de l'exposé. De quoi épicer le diner de gala par la saveur d'un débat; quoique celui-ci fut plutôt dominé par l'accord serein régnant parmi les quelques centaines de personnes présentes que par le scepticisme ou l'hostilité. Et cela a certainement constitué une expérience inhabituelle pour Pipes, qui subit la critique constante de la gauche pour sa description sans fard des ambitions islamistes et son appel à prendre à partie les départements des études moyen-orientales des universités américaines – via le projet Campus Watch de son Forum du Moyen-Orient – pour ce qu'il estime être des fautes professionnelles. Il n'a remporté aucun concours de popularité non plus auprès d'anciens alliés politiques et intellectuels de la droite – plus en tout cas depuis que les conservateurs partagèrent leurs opinions quant au bien-fondé du plan de désengagement unilatéral d'Ariel Sharon. Alors que les titulaires conservateurs de l'administration Bush – à l'image de nombreux partisans de Bush d'une manière générale – sont restés loyaux envers la politique du président américain et de l'ex-premier ministre israélien, d'autres, comme Pipes, ont sonné l'alarme à leur sujet. Au cours d'une longue interview accordée au Jerusalem Post dans sa suite de l'hôtel du Roi David à la veille de la cérémonie de remise de prix, Pipes mit le doigt sur ce qu'il considère comme l'échec fondamental d'Israël, soit le passage d'une guerre visant la victoire à la simple gestion du conflit. «Finalement, un camp l'emportera et l'autre perdra», dit-il, avec un léger haussement d'épaules et un ton feutré qui semble contraster avec le contenu de son message. «Il est si frappant de voir qu'Israël, un État moderne, sophistiqué, mondialisé, ne semble pas saisir cela. Très peu d'Israéliens sont conscients de la nécessité de vaincre. En tant qu'outsider, je suis dépité de voir que les Israéliens ne comprennent pas ce qui se passe.» Avez-vous été surpris de recevoir cette distinction particulière? Pourquoi? Vous ne pensiez pas être «des leurs» ou vous ne partagiez pas leurs opinions sur Israël? Pourquoi «réprimandez»-vous Israël? Au lieu de…? La clôture de sécurité est un bon exemple. Je suis pour. Il est évident qu'elle a – et aura d'autant plus à l'avenir, lorsqu'elle sera achevée – pour effet d'exclure du pays des candidats meurtriers. Mais un mur n'est pas une manière de remporter un conflit. Un mur est un élément tactique servant à se protéger, pas un dispositif stratégique permettant de gagner une guerre. Gagner une guerre exige de l'imagination, des perspectives, sur les moyens d'imposer sa volonté à l'ennemi. Car c'est là la signification classique de la guerre: imposer sa volonté à l'ennemi. Cela ne signifie pas le massacrer ou le paupériser, mais lui faire abandonner ses objectifs. Or cette notion est pour ainsi dire absente du débat politique israélien. Vous dites que les Israéliens «se sont égarés» en matière de relations avec les Arabes. Cela implique un changement. De quand datez-vous ce glissement entre l'aspiration à la victoire et la simple gestion du conflit? La critique d'Israël est-elle la seule différence entre vous et les récipiendaires précédents du prix Rennert? Existe-t-il vraiment un «point de vue» arabe? Après tout, il y a dans le monde une telle variété de pays arabes et musulmans. Dans ce cas, quel est la conception arabe de l'imposition de sa volonté à l'ennemi? Maintenant, si les Arabes imposent leur volonté aux Israéliens, il n'y aura plus d'État juif souverain. Il pourrait y avoir une population juive vivant sous le règne palestinien ou arabe. Ou il se pourrait que les Juifs fuient le pays. Il se pourrait aussi qu'ils soient tués. Mais il n'y aurait plus d'État juif souverain. Si les Israéliens l'emportent, alors les Arabes, à contrecur, admettraient que la présence d'Israël est un fait permanent. Ils n'auraient pas pour autant à commercer avec lui ou à promouvoir l'enseignement de l'hébreu dans leurs écoles – ce serait là des choses très positives, mais pas indispensables. Une paix froide, en quelque sorte, pourrait faire l'affaire. Mais, contrairement à la situation actuelle avec l'Égypte, il faut une réelle acceptation. Il est si frappant de voir qu'Israël, un État moderne, sophistiqué, mondialisé, ne semble pas saisir cela. Très peu d'Israéliens sont conscients de la nécessité de vaincre. En tant qu'outsider, je suis dépité de voir que les Israéliens ne comprennent pas ce qui se passe. Et les Palestiniens? Dans quelle mesure cette situation est-elle liée à des pressions de Washington? Cette attitude prit du relief avec l'entrée en fonctions [du président égyptien Anouar] El-Sadate et la diplomatie qui s'ensuivit, particulièrement en 1973. Puis, durant une vingtaine d'années, une tension constante divisa Washington et Jérusalem. Washington recommandait à Jérusalem de se jeter à l'eau et Jérusalem répondait avec prudence, soulignant que les Arabes disaient une chose en arabe et une autre en anglais – qu'ils n'étaient pas sincères. Cette tension finit par se dissoudre en 1993, lorsque le gouvernement israélien, alors mené par [le premier ministre] Yitzhak Rabin, déclara finalement: «D'accord les États-Unis, vous avez raison. Tentons l'expérience.» Depuis lors, il n'y a plus guère eu de problèmes, si ce n'est quelques tensions sans gravité et passagères sous [le premier ministre Benjamin] Netanyahu. Le degré d'accord entre Washington et Jérusalem a été remarquable, de même que l'esprit d'initiative israélien. Trois exemples: les accords d'Oslo ont été conclus à Oslo, et non à Washington, afin que les Américains n'en soient pas directement informés. Au terme des mandats [du premier ministre] Ehud Barak et [du président américain] Bill Clinton, en janvier 2001, le premier incita le second à présenter un arrangement qui réglerait finalement la question, à Taba. Et il y eut le revirement [du premier ministre Ariel] Sharon à propos de Gaza, en novembre 2003. Qu'en est-il de l'«occupation»? Quel est son rôle dans tout ceci? Ils découvrirent que ce terme, ihtilal (occupation), est très utile, tant à domicile que sur la scène internationale. Quel est donc l'objectif ultime des Palestiniens – un État ou l'élimination d'Israël? On parle beaucoup du danger de déstabilisation qui menacerait les régimes d'Égypte et de Jordanie à la suite du chaos régnant au sein de l'autorité palestinienne. Dans ce cas, pourquoi ces pays collaborent-ils plus activement avec l'AP qu'avec Israël? Pourquoi échouèrent-ils? Lorsque les dirigeants trahirent ce mandat en signant des accords de paix formels – l'Égypte en 1979 et la Jordanie en 1994 –, la réaction populaire fut «nous vous retirons notre mandat; nous prenons les choses en main». Et nous assistons alors à un regain d'animosité populaire envers Israël. J'ai vécu en Égypte pendant trois ans avant la signature de l'accord de paix avec Israël, et Israël n'y constituait guère un thème de discussion. Les Égyptiens ne lançaient pas de boycotts économiques contre des entreprises qui traitaient avec Israël ou dont la rumeur disait qu'elles envoyaient des fonds à Israël. Aucune chanson populaire ne célébrait la haine d'Israël. Les caricatures politiques étaient certes désobligeantes envers Israël, mais uniquement politiquement, pas religieusement. J'en conclus que nous assistons à un sentiment anti-israélien beaucoup plus profond après 1979 que dans la période précédente. Le même phénomène est présent en Jordanie, où le roi signa un accord particulièrement chaleureux avec Israël, ce à quoi la population répondit par «Non! Nous ne ferons pas de commerce avec Israël. Nous n'aurons aucune autre forme de contact avec Israël.» Que faut-il en penser? Que pensez-vous des actions récentes des gouvernements égyptien et jordanien? De nombreux Israéliens qui approuvaient le désengagement de Gaza disent que le succès du retrait est visible dans le chaos – voire la guerre civile – qui règne maintenant au sein de l'AP, entre le Hamas et le Fatah. Deuxièmement, je ne suis pas si sûr que ces troubles profitent à Israël. Dans le court terme, l'attention est détournée d'Israël. Mais à long terme, les forces déchaînées pourraient fort bien nuire à Israël. Troisièmement, ce n'est certainement pas la bonne manière de juger de l'impact du retrait. Celui-ci doit être évalué du point de vue israélien, selon qu'il a eu, ou non, une influence positive sur les intérêts et la sécurité des Israéliens. Je dirais qu'il y a de solides raisons d'affirmer que ce n'est pas le cas. Y a-t-il une relation de cause à effet entre le retrait israélien du Liban et les événements qui conduisirent au désengagement de Gaza? Le grand débat des Palestiniens ne concerne pas les objectifs; l'élimination d'Israël est un objectif consensuel parmi 80% de la population palestinienne, et les 20% restants n'ont guère voix au chapitre. Le débat qui occupe ces 80% depuis deux décennies porte sur la meilleure manière de traiter Israël. L'OLP préconise de négocier. Et regardez tous les avantages qu'elle put se procurer à force de déclarations mensongères et de garanties creuses: elle obtint l'Autorité palestinienne, une ébauche de force militaire, un soutien mondial accru et bien d'autres choses. Ce à quoi le Hamas réplique que l'OLP s'est avilie, a perdu de vue son objectif et trahi la pureté de la cause. C'est là que se situe le cur du débat parmi les Palestiniens. Dans cette lumière, le retrait israélien du Liban, chassé par le Hezbollah, indiqua que les Palestiniens aussi pouvaient atteindre leurs objectifs sans négociations, sans marchandage avec l'ennemi. Simplement marteler avec opiniâtreté, tuer, attaquer, année après année, allait faire fuir les Israéliens. Les négociations, les accords, l'implication internationale – tout cela n'est pas nécessaire. Cet argument puissant fit son chemin dans les milieux palestiniens. Comment cela? Comment cela a-t-il influencé le retrait de Gaza? Il est incontestable qu'ils considéraient le retrait israélien de Gaza comme la justification de l'usage de la force. Et je serais bien en peine de les contredire, car il me semble évident que sans les violences de Gaza, l'armée israélienne et les civils israéliens seraient toujours là-bas. Ils quittèrent les lieux uniquement en raison des attentats. Et la Cisjordanie? Comment la Maison Blanche aurait-elle réagi après le discours du président Bush du 24 juin 2002 si Sharon s'était rendu à Washington et, au lieu de proposer le désengagement, avait demandé que l'AP soit traitée comme un ennemi qu'il fallait vaincre militairement dans le cadre de la guerre contre la terreur? Le gouvernement américain devrait être interpelé à ce niveau, sur le ton du «non, M. le président, nous ne sommes pas en paix; nous sommes en guerre, exactement comme vous l'êtes. Nous avons tenté de négocier, mais ces efforts ont échoué. De même que le gouvernement américain est engagé dans une guerre asymétrique, où l'immensité des États-Unis est déployée contre Al-Qaida, Israël, toutes proportions gardées, est déployé contre l'OLP, le Hamas, le Djihad islamique.» Mais les dirigeants israéliens n'ont pas plaidé cette cause, car elle ne s'inscrit pas dans leurs visions. Au lieu de cela, Sharon approuva Bush sur les principes et le désapprouva en fait largement sur le fond, ce qui constituait une approche raisonnable – et cela a marché. Je me suis élevé contre le discours du 24 juin, qui me semblait venir récompenser le terrorisme. Mais je comprends que le premier ministre israélien préfère éviter les différends avec le président des États-Unis. Alors, il dit «bonne idée!», au discours comme à la carte routière, puis il procéda comme il l'entendait. Moi-même, en tant qu'analyste américain de politique étrangère, je n'avais pas à faire cela. En tant qu'analyste américain de politique étrangère, comment expliquez-vous la division apparue parmi les néoconservateurs en ce qui concerne la politique israélienne de retraits unilatéraux des territoires? Le monde arabe peut-il se démocratiser? Le voyez-vous réussir une telle transformation? De profonds changements dans l'Islam vous voulez dire? Une sorte de Réformation? Il y a des exemples positifs. Ainsi, le dirigeant de Dubaï, cheikh Muhammad Bin Rashed Al Maktoum, a récemment publié un livre intitulé Ma vision. Cela mérite l'attention, car il a bel et bien accompli quelque chose. Il resta à l'écart de toute idéologie et parvint à obtenir une réussite économique. Et cela à force d'intelligence et de bonnes pratiques. Mais ces éléments positifs sont rares et dispersés. Le monde arabo-musulman – de même que le monde musulman dans son ensemble, et peut-être plus encore – se trouve dans un état marqué par la colère, la dénégation, la fureur, l'extrémisme et le conspirationnisme et cela crée des problèmes pour le monde entier. C'est une menace pour nous tous, y compris pour les Musulmans qui souhaitent adopter une vie moderne, civilisée. Pensez-vous qu'ils constituent une menace démographique «pour nous tous»? Et la population musulmane d'Europe? En décembre 2002, un mois après les élections en Turquie, vous assistiez à la Conférence Herzliya, où vous avez été sermonné en raison de votre pessimisme à la vue de la montée en puissance du parti islamiste. Quelle tour prennent les choses en Turquie? La grande question relative à la Turquie est de savoir si Erdogan et ses collègues se considèrent comme opposés à la révolution d'Atatürk – comme les cadre du mouvement anti-Atatürk – ou s'ils sont disposés à travailler au sein de la structure léguée par Atatürk. Je ne peux pas affirmer avec certitude qu'ils sont des révolutionnaires, que leur objectif consiste à bouleverser le système. Mais cela semble plus plausible que le contraire, et de plus en plus à mesure que le temps passe. Campus Watch est un autre de vos projets. Vous avez été accusé de pratiquer une chasse aux sorcières universitaire, de vous attaquer à la libre circulation des idées dans les hautes écoles. Nous avons eu beaucoup de succès avec le premier objectif – nous avons constaté à maintes reprises que les spécialistes sont conscients de la présence de Campus Watch et font preuve de plus de circonspection. Nous n'avons en revanche pas fait le moindre progrès dans le deuxième domaine – les nominations sont encore très déséquilibrées. Comment avez-vous réussi dans le premier domaine? Les études moyen-orientales diffèrent-elles des autres domaines universitaires à cet égard? Dans son discours de janvier 2005, après sa victoire, le président de l'AP Mahmoud Abbas déclara que le temps du «petit djihad était achevé et que le grand djihad [allait] commencer» – la signification de cette déclaration donna lieu à un débat animé en Israël. Certains analystes locaux dirent que le «petit djihad» était la guerre et que le «grand djihad» désignait une élévation spirituelle intérieure. Diriez-vous qu'ils faisaient de la désinformation? Voyez-vous se dessiner une situation dans laquelle nous pourrions assister à un revirement, en Israël et en Occident, passant de la gestion des conflits à la poursuite de la victoire sur l'ennemi? Étiez-vous optimiste de cette manière après le 11 septembre? Pensiez-vous que cet événement allait «inciter les gens à comprendre ce phénomène»? Mais en constatant cette division aujourd'hui, après avoir vu les réactions qui suivirent les attentats à la bombe de Madrid en 2004, ceux de Londres en 2005 et d'autres actions terroristes de grande envergure, je ne suis plus surpris. Thèmes connexes: Conflit et diplomatie israélo-arabes, Israël inscription à la liste de diffusion hebdomadaire gratuite de daniel pipes Il est permis de reposter ou de faire suivre ce texte pour autant qu'il soit présenté dans son intégralité et accompagné de toutes les informations fournies à propos de son auteur, de sa date et son lieu de publication et de son URL originale. |
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