Titre de l'Australian : "US and Israeli mistakes in Iran conflict may have doomed goal of regime change" (« Les erreurs commises par les États-Unis et Israël dans le conflit iranien ont peut-être compromis l'objectif de changement de régime »)
Chacun des trois principaux acteurs du conflit actuel a commis une erreur fondamentale concernant son ennemi. Les dirigeants américains et israéliens ont mal interprété des événements-clés survenus début janvier, tandis que la République islamique d'Iran a mal évalué ses voisins.
Ces erreurs ont façonné le cours de la guerre et influenceront vraisemblablement son issue.
L'entrée en guerre exige d'un gouvernement qu'il se fixe des objectifs de guerre, aussi obscurs et changeants soient-ils. Le président Donald Trump souhaite que l'Iran soit neutralisé et incapable de menacer les intérêts américains. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou souhaite un changement de régime. Les dirigeants iraniens veulent se maintenir au pouvoir et rester fidèles à leurs principes fondateurs d'anti-américanisme et d'antisionisme.
Il convient de rappeler que le changement de régime a joué un rôle déterminant dans la motivation des alliés à entrer en guerre. En annonçant l'attaque américaine le 28 février, Trump s'est adressé au « grand et fier peuple iranien » en ces termes : « Le moment est venu de prendre votre destin en main. » Dans le même temps, Netanyahou a déclaré : « Le moment est venu pour toutes les composantes du peuple iranien... de se libérer du joug de la tyrannie. »
Les deux hommes ont également évoqué la saisie des stocks d'uranium, la destruction des capacités militaires et le démantèlement des réseaux djihadistes, autant de choses qui peuvent toutefois être rétablies si le régime survit. Par ailleurs, bien que la guerre ait eu des répercussions économiques considérables – perturbation des marchés de l'énergie, de la disponibilité des engrais, de la production de puces d'intelligence artificielle, du trafic aérien, et bien plus encore – ces répercussions restent également tributaires du sort de la République islamique.
Dès lors, comment les erreurs des différents gouvernements ont-elles influencé l'enjeu principal de cette guerre à savoir, le changement de régime ?
Washington
![]() Le président Nicolás Maduro arrêté par les Américains, le 3 janvier 2026. |
Le 23 mars, Trump a annoncé que « les États-Unis d'Amérique et l'Iran ont eu, ces deux derniers jours, des discussions très fructueuses en vue d'un règlement complet et total de nos hostilités », ajoutant plus tard que les deux parties étaient parvenues à des « points d'accord majeurs » sur « presque tous les points ». Ce changement de position indiquait clairement une volonté de traiter avec Téhéran et, de ce fait, d'accepter le maintien du régime au pouvoir, même si Trump a prétendu que l'assassinat de nombreux dirigeants du régime revenait à un « changement de régime » et même si, le 1er avril, il a nié que le changement de régime ait jamais été l'objectif des États-Unis.
![]() Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf (à gauche), assis à côté du guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, lors d'une cérémonie funèbre à Téhéran. |
Le problème, c'est que les nombreuses décennies de « résistance » du régime l'ont bien préparé à cette guerre. Danny Citrinowicz, membre du renseignement militaire israélien, note que le régime iranien « parvient à maintenir son contrôle sur la zone maritime et le détroit d'Ormuz, fait preuve de résilience face aux pressions israéliennes et américaines, conserve un stock d'environ 440 kilos d'uranium enrichi à 60 %, continue de frapper les infrastructures énergétiques et maintient un rythme soutenu de tirs de missiles et de drones – tout en empêchant toute forme significative de troubles internes, qu'il s'agisse de manifestations de masse ou de défections militaires. » Face à cette situation critique, le gouvernement américain a levé les sanctions sur les exportations de pétrole russe et iranien.
De plus, tandis que l'idéologie chaviste au pouvoir au Venezuela a depuis longtemps dégénéré en une simple justification intéressée pour une élite avide de pouvoir, l'idéologie islamiste iranienne conserve l'adhésion de cette partie certes minoritaire mais essentielle de la population qui dirige le pays. Par ailleurs, les couches inférieures de l'État se sont montrées peut-être encore plus déterminées que les élites. La recherche en Iran d'une personne intimidée et sous pression telle que Delcy Rodríguez au Venezuela, semble vouée à l'échec.
Jérusalem
Quelques jours seulement après le drame Maduro, l'Iran a connu le soulèvement le plus important de son histoire contre la République islamique. L'effondrement du régime semblait même imminent. Les services de renseignements israéliens, le Mossad, auraient convaincu le Premier ministre Benjamin Netanyahou que le soulèvement de janvier était le signe qu'une intervention extérieure pourrait contribuer à renverser définitivement la République islamique. En conséquence, la campagne aérienne israélienne a assassiné des personnalités-clés et pulvérisé des bâtiments stratégiques en vue d'affaiblir le régime et de briser sa réputation d'invincibilité.
Le problème, c'est que l'effet le plus marquant du soulèvement du début d'année n'est pas le nombre considérable de manifestants ayant tenté de renverser le régime mais bien le massacre par le régime d'un grand nombre de ces manifestants. Les chiffres officiels du gouvernement font état d'environ 3.000 morts. Trump a parlé de 45.000 morts, tandis que l'opposition iranienne a dénoncé des crimes contre l'humanité. Autrement dit, le massacre semble avoir atteint l'effet escompté à savoir, dissuader les Iraniens de toute nouvelle tentative. Le soulèvement de janvier a laissé un sentiment de désespoir, et non d'espoir.
![]() Capture d'écran d'une vidéo datant du 10 janvier environ, prise prétendument devant une morgue à Kahrizak, en périphérie de Téhéran. |
Washington et Jérusalem ont mal interprété les événements de début janvier au Venezuela et en Iran, ce qui a conduit à des objectifs de guerre fondés sur des hypothèses erronées. Ces erreurs israélo-américaines expliquent pourquoi le recours à une force écrasante ne s'est pas encore traduit, et ne se traduira peut-être jamais, par un succès stratégique.
Téhéran
![]() Un très haut immeuble au Koweït a pris feu après avoir été touché par un drone iranien. |
Initialement, elle espérait mobiliser les dirigeants de ces États pour exiger de Trump la fin des hostilités. Par la suite, la doctrine militaire décentralisée de l'Iran a conféré une autorité pré-déléguée à des commandants de terrain qui ont continué à bombarder les pays voisins. Aucune autorité ne leur a donné d'ordres contraires.
Ces attaques ont eu un effet désastreux. Les États membres du CCG sont passés d'une attitude conciliante envers l'Iran à la détermination, et de la neutralité à l'hostilité. Des entretiens menés avec des ressortissants des pays du CCG ont révélé que beaucoup considéraient désormais l'Iran comme « un ennemi à affronter et à contenir ». Le prince héritier Mohammed ben Salmane, dirigeant de facto de l'Arabie saoudite, est passé de l'opposition à la guerre contre l'Iran à l'insistance pour que la guerre soit menée à son terme et aboutisse à la destruction de la République islamique. Selon le Wall Street Journal, les près de 2.500 attaques de missiles et de drones menées par l'Iran contre les Émirats arabes unis ont incité ses dirigeants à contribuer à « l'ouverture du détroit d'Ormuz par la force ».
Si le régime de Téhéran survit, il subira la colère de la quasi-totalité de ses voisins, ce qui entraînera un isolement plus important que jamais, avec des conséquences inquiétantes pour l'avenir de son économie et de sa sécurité.
Survivre ?
Mais la République islamique survivra-t-elle ? Les analystes s'accordent largement à dire que des bombardements aériens ciblés peuvent démoraliser la population et modifier l'équilibre des pouvoirs, mais qu'ils ne peuvent à eux seuls entraîner un changement de régime. Hormis une occupation étrangère, il est nécessaire que les sujets d'une tyrannie déterminée prennent les choses en main et se révoltent. Il peut s'agir de minorités ethniques, de travailleurs-clés de l'industrie, de membres des forces de sécurité mécontents, de personnalités médiatiques dissidentes ou d'autres composantes de la société, mais ils doivent s'unir, se rassembler et agir.
Jusqu'à présent, cette convergence ne semble pas s'être produite en Iran. Au contraire, la guerre israélo-américaine a durci le régime et renforcé sa détermination à survivre. Les frappes aériennes qui ont tué des dirigeants et détruit des installations militaires semblent avoir renforcé les responsables politiques et les membres des services de sécurité les plus intransigeants, tout en accroissant leur capacité à réprimer la dissidence et en révélant l'absence d'un leader reconnu, à l'instar de l'ayatollah Khomeini, pour le remplacer.
À supposer que le régime, aussi affaibli soit-il, survive, il engendrera de nombreux dangers. L'incompétence économique, par exemple, a provoqué une crise de l'eau sans précédent. Selon une étude du Middle East Forum, « cette crise n'est pas une catastrophe naturelle mais une catastrophe politiquement orchestrée, conséquence directe de décennies de mauvaise gestion, de corruption et d'une idéologie défaillante ». Déjà en 2015, un ancien ministre de l'Agriculture avertissait que les pratiques hydrauliques à courte vue de la République islamique signifieraient qu'environ 70 % des Iraniens « n'auront pas d'autre choix que de quitter le pays ». En 2026, cela représenterait environ 65 millions de personnes. Un exode hors de l'Iran affecterait profondément le pays lui-même, mais aussi ses voisins et l'Occident, notamment l'Australie qui sera l'une des destinations privilégiées des réfugiés.
Au-delà des défis économiques, une République islamique même affaiblie mais fidèle à sa doctrine continuera de perturber un Moyen-Orient déjà instable, en sabotant ses voisins, en tentant de contrôler le détroit d'Ormuz et en réactivant sa stratégie du « cercle de feu » contre Israël. Téhéran exportera également son idéologie islamiste, inspirant un nombre considérable de musulmans, chiites et autres, à travers le monde, qu'il s'agisse d'une mosquée de Melbourne ou du maire de New York.
Dans une dichotomie simpliste, l'issue de cette guerre se soldera soit par un changement de régime et une victoire israélo-américaine, soit par l'acceptation, par Trump, de la survie de la République islamique et une victoire iranienne. Si les deux camps ont commis des erreurs importantes, il semble que les alliés occidentaux en aient commis de plus graves. Malheureusement, ils n'atteindront probablement pas leur objectif principal consistant à changer de régime.
M. Pipes est le fondateur du Middle East Forum et l'auteur de Israel Victory: How Zionists Win Acceptance and Palestinians Get Liberated (2024).© 2026 par Daniel Pipes. Tous droits réservés.





