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En Irak, il faut maintenir le cap mais changer d'itinéraire

par Daniel Pipes
Jerusalem Post
25 octobre 2006

Version originale anglaise: In Iraq, Stay the Course - but Change It
Adaptation française: Alain Jean-Mairet

Au vu de la crise qu'affronte actuellement la coalition, puis-je ressusciter une idée que j'ai peaufinée depuis avril 2003? Elle offre en effet une solution au débat actuel entre le «maintien du cap» (défendu de longue date par le président George W. Bush) et le retrait accéléré des troupes (exigé par ses critiques).

Ma solution permet de couper la poire en deux: maintenir le cap, mais changer d'itinéraire. Je suggère d'évacuer les forces de la coalition des zones habitées d'Irak et de les redéployer dans le désert.

De cette manière, les troupes peuvent rester indéfiniment en Irak, tout en évitant de subir son carnage urbain. Les troupes dirigées par les États-Unis peuvent ainsi à la fois effectuer des tâches essentielles (protéger les frontières, assurer le fonctionnement des infrastructures pétrolières et gazières, veiller à ce qu'aucun monstre du genre de Saddam Hussein ne s'empare du pouvoir) et mettre fin à leurs activités secondaires (faire régner l'ordre dans les rues, protéger leurs propres quartiers).

Au-delà de ces effets directs, un tel redéploiement des troupes implique de choisir une politique très différente et améliorée. À savoir:

La situation en Irak est devenue la source d'un profond antagonisme entre les pays membres de la coalition, surtout entre les États-Unis et la Grande-Bretagne, mais on peut combler ce problème en soulignant que les enjeux en question sont en fait très mineurs, puis en ajustant les moyens mis en œuvre et les objectifs sur cette base. Ou seriez-vous, cher lecteur non irakien, profondément préoccupé par l'avenir de l'Irak? J'en doute fort.

Les Irakiens veulent tenir les rênes de leur pays. Et les populations des pays fournissant des troupes actives en Irak sont lassées des vains efforts consentis pour améliorer ce pays. Ces deux aspirations peuvent être satisfaites par un redéploiement des troupes de la coalition dans le désert, où elles pourront se concentrer sur les tâches cruciales qui consistent à garantir l'intégrité du territoire irakien, maintenir le flux des énergies fossiles et prévenir des désastres humanitaires.

Depuis la Deuxième Guerre mondiale, une notion s'est développée voulant que lorsque les États-Unis protègent leurs intérêts en envahissant un pays, ils aient ensuite l'obligation morale de réhabiliter celui-ci. Cette hypothèse – que l'on pourrait attribuer à «la souris rugissante» ou à la «règle des pots cassés» – est fausse et doit être réexaminée. Oui, il y a des temps et des lieux où une réhabilitation est appropriée, mais une telle décision doit être prise au cas par cas, en respectant strictement les impératifs de faisabilité et les intérêts américains. L'Irak, un pays où la violence est endémique, ne satisfait aucun de ces deux critères.

Thèmes connexes:  Irak, Politique étrangère américaine inscription à la liste de diffusion hebdomadaire gratuite de daniel pipes