Propos recueillis par Tommaso Alessandro De Filippo
Titre italien : «Iran, Trump e il prezzo politico della guerra» (L'Iran, Trump et le prix politique de la guerre).
Inoltre : L'attaque israélo-américaine contre l'Iran a conduit à un double blocus du détroit d'Hormuz. Comment voyez-vous la fin de cette épreuve d'endurance ?
Daniel Pipes : Je vois une issue défavorable pour le camp israélo-américain car la République islamique d'Iran peut survivre au gouvernement américain. Et ce, pour plusieurs raisons : (1) Les dictatures peuvent, bien plus que les démocraties, imposer des difficultés à leurs populations. (2) Il s'agit d'une question existentielle pour Téhéran mais pas pour Washington. (3) La pression internationale pèse bien plus sur Donald Trump que sur les décideurs iraniens. Si mon analyse est correcte, Trump devra se contenter d'un accord bien inférieur à son aspiration initiale de changement de régime et de retrait des matériaux fissibles.
![]() Poignée de mains telle qu'imaginée par ChatGPT entre Mahmoud Ahmadinejad et Delcy Rodriguez. |
DP : L'analyse ci-dessus suggère que non. Comme je l'ai longuement expliqué, l'attaque américaine contre la République islamique partait du principe que le modèle vénézuélien pouvait s'appliquer à l'Iran. Un rapport indiquant que les gouvernements américain et israélien voyaient en Mahmoud Ahmadinejad une figure comparable à Delcy Rodriguez confirme ce point.
Inoltre : Y a-t-il au sein de l'administration Trump des objectifs stratégiques communs en matière de politique internationale ou une profonde division entre les individus et les camps idéologiques ?
DP : En politique étrangère, il y a toujours eu des divergences parmi les conservateurs américains mais ceux-ci s'accordaient généralement sur la fierté nationale, le soutien aux alliés et l'utilisation de la force militaire contre les ennemis. L'émergence du mouvement désormais connu sous le nom de MAGA remet tous ces principes en question. Comme son nom l'indique (Make American Great Again), ses partisans considèrent les États-Unis contemporains comme un pays en déclin, ils voient leurs alliés de manière transactionnelle (Que pouvez-vous faire pour moi ?) et veulent se concentrer sur les questions internes au pays, pas sur les questions étrangères. Cette fracture est réelle et profonde.
Inoltre : Qu'en est-il des démocrates ?
DP : Comme partout ailleurs dans le monde, on a vu apparaître au cours des 25 dernières années, un éventail droite-gauche presque linéaire avec d'un côté, des républicains montrant un soutien toujours plus ferme à Israël et une opposition toujours plus forte à l'islamisme, et de l'autre, des démocrates évoluant dans la direction opposée. Lorsque les démocrates prendront le contrôle de Washington, la politique au Moyen-Orient connaîtra un changement radical marqué par une prise de distance par rapport à Israël et une attitude favorable à la Turquie, au Qatar et à l'Iran.
Inoltre : Si Washington parvient à un accord avec Téhéran et que cet accord est rejeté par Jérusalem, pensez-vous qu'Israël poursuivra une guerre séparée contre la République islamique d'Iran ?
DP : Je ne le pense pas. Par ses paroles et ses actes, le Premier ministre Benjamin Netanyahou a montré qu'il place les excellentes relations avec Trump au-dessus de presque tous les autres sujets politiques. En conséquence, Israël a perdu le contrôle de ces politiques. Si j'étais Premier ministre d'Israël, je suivrais probablement la même approche, aussi déplaisante soit-elle.
Inoltre : L'administration Trump affirme que ses actions ont coupé l'axe terroriste iranien du contrôle et du financement de Téhéran. Êtes-vous d'accord avec cette affirmation ?
DP : Je pense qu'il est trop tôt pour se prononcer. La guerre a sans aucun doute gravement atteint les finances de Téhéran mais cela signifie-t-il nécessairement que le régime iranien ait mis fin à tout financement de ses alliés et proxys étrangers ? Attendons de voir.
![]() Poignée de mains entre Mohammed ben Salmane et Mohamed ben Zayed en 2021. |
DP : Ce changement résulte en partie de la relation personnelle et de la rivalité qui oppose les dirigeants des Émirats arabes unis et de l'Arabie saoudite que sont Mohamed ben Zayed et Mohammed ben Salmane. Cela reflète également deux frustrations des Émirats : l'une plus ancienne concernant le fait de n'exporter qu'une partie de leur production potentielle de pétrole et de gaz, et l'autre plus récente, concernant le fait d'être fortement ciblé par l'Iran et de ne recevoir aucune aide significative des autres pays arabes – mais uniquement d'Israël.
Inoltre : Que signifie cette recomposition pour les Émirats arabes unis, l'Arabie saoudite et Israël ?
DP : Cela fait des Émirats arabes unis le seul État du Moyen-Orient, hormis Israël, prêt à s'impliquer pleinement dans le camp américain. Cela approfondit et prolonge la rivalité avec l'Arabie saoudite. Et ce n'est que la deuxième fois (la Turquie étant la première il y a trente ans) qu'Israël dispose d'un véritable allié dans la région.
![]() Poignée de mains entre Viktor Orbán et Benjamin Netanyahou en 2019. |
DP : Leurs carrières présentent des similitudes frappantes : tous deux ont accédé au pouvoir en tant que jeunes réformateurs, ont vécu une traversée du désert de plusieurs années avant de revenir en personnalités politiques aigries et controversées traînant plusieurs casseroles et suscitant une hostilité généralisée. Mais, contrairement à Netanyahou, Orbán a perdu la faveur de sa base électorale. Par conséquent, je ne prévois pas qu'il subira le rejet massif qu'a subi Orbán lors des élections en 2026. Si Netanyahou perd, ce sera probablement d'une courte tête.




